Plaidoyer pour une coalition des Modernes : La tribune de Leonidas Kalogeropoulos dans le Figaro du 27 février

Tribune parue dans le Figaro du vendredi 27 février 2015 :

Figaro

Entre le sursaut de la Nation descendue en masse le 11 janvier proclamer sa fière volonté d’exister en tant que telle et les enjeux des réformes entamées par la loi Macron, il existe une articulation historique qui mérite d’être explicitée.

Avec 4 millions de citoyens spontanément mobilisés dans les rues de toutes les villes de France pour affirmer la force de ce qui nous unit, il a été rappelé que la Nation, c’est le peuple en marche et en action, un lointain écho aux cris de « Vive la Nation », cette clameur lancée par les soldats victorieux de Valmy en septembre 1792.

C’est qu’en abolissant en 1789 les privilèges de l’Ancien Régime, la Révolution a inauguré un ordre par lequel la richesse de la Nation réside dans l’inépuisable potentiel de la volonté de son peuple, libéré des carcans qui l’entravent.

Prenant toute la mesure des transformations opérées par laRévolution, Benjamin Constant relevait la différence entre la liberté des Modernes et la liberté des Anciens, les citoyens contemporains ayant vocation à se consacrer à leurs industries, plutôt qu’à l’élaboration des lois et aux affaires de l’Etat. Ainsi, la Nation, selon les Modernes, est la synthèse dynamique des projets, des innovations, des conquêtes, des talents, du travail, de l’opiniâtreté, de l’excellence, des efforts de ses citoyens, et donner libre cours à tous ces potentiels représente la plus moderne déclinaison de la citoyenneté.

Pourtant, il existe encore une frange de la classe politique persuadée, comme les Anciens, que la Nation ne progressera que grâce aux lois qui la régenteront, qui la façonneront. Ils sont d’ailleurs nombreux à penser que nous pourrions encore financer un énième plan de relance publique en dépensant un peu plus l’argent de nos petits-enfants, quitte à assombrir davantage encore le triste héritage que nous leur lèguerons.

Fort heureusement, les Français sont de moins en moins sensibles aux sirènes de ces apprentis sorciers, conscients que la maîtrise de notre destin national est entre nos propres mains, et non pas dans une recette étatique miraculeuse. Cette mutation est liée à deux phénomènes déterminants.

En premier lieu, nos finances publiques calamiteuses ont placé notre pays au bord de la faillite, d’où une salutaire prise de conscience ; le Père Noël étatique est mort, rendant obsolète la posture infantilisante consistant à attendre un hypothétique sauvetage venu de la puissance publique.

D’autre part, le pays est traversé d’un formidable enthousiasme entrepreneurial, dont les statistiques économiques n’ont pas encore révélé toute l’ampleur. Les salons des entrepreneurs sont pris d’assaut dans toute la France ; de plus en plus de Français de tous âges et de tous horizons recourent au régime des auto-entrepreneurs ; des pépinières d’entreprises fleurissent partout ; le talent des foisonnantes start-up françaises est salué hors de nos frontières et nos diplômés et ingénieurs attirent les plus grands groupes internationaux ; l’envie de s’investir et de s’épanouir dans son travail l’a emporté chez les salariés sur les stériles obsessions de contingentement horaire.

C’est un étincelant réveil français qui s’annonce, susceptible de redonner sa force et sa fierté à notre Nation, à l’heure où elle redoute de se fissurer sous le poids des défis, parce qu’elle est consciente que ses bases ont besoin d’être consolidées.

En cela, les mesures contenues dans la loi Macron, par leur vocation à désenclaver et àv déverrouiller notre économie, apportent des réponses, encore incomplètes, mais adaptées à cet esprit d’entreprise en ébullition. Il faut libérer ces énergies parce qu’elles constituent le sens moderne de la citoyenneté ; la convergence de tous ces efforts pour faire gagner la même équipe, c’est le sens moderne de la Nation.

La Nation des Modernes, ce n’est pas ce que l’on reçoit, c’est ce que l’on donne. La Nation, ce ne sont pas les allocations que l’Etat distribue, c’est l’équipe à laquelle on appartient et à laquelle on veut donner le meilleur de soi-même pour s’accomplir et pour la faire gagner ; pour que la fierté de chacun devienne la fierté de tous.

Que disent les fanatiques qui parviennent à attirer des centaines de jeunes en perdition, parvenant à les déraciner de leur famille et de leur patrie ? Ils leur disent : « on a besoin de toi », donnant par là-même du sens aux plus mortifères des aventures. Il est temps que nos jeunes, que tous les citoyens de France, que tous ceux qui veulent le devenir, entendent que l’on a besoin de leur énergie, donnant du sens à la Nation qui nous rassemble.

Au service de cette citoyenneté moderne, de cette Nation moderne, il est indispensable que se cristallise une coalition politique capable de faire sauter les verrous qui freinent le peuple désireux de donner le meilleur de lui-même et qui s’est levé en masse le 11 janvier dernier. Il n’est pas concevable qu’à cette France debout, nos représentants offrent une nouvelle fois le spectacle de dissensions picrocholines, alors que le redressement de notre Nation est en jeu.

Au delà d’une Loi qui doit encore être améliorée dans les semaines qui viennent, les parlementaires ont rendez-vous avec un moment historique dans la consolidation des bases de notre Nation. La coalition des Modernes qu’ils peuvent former est susceptible de tracer les contours de la force politique capable de fédérer deux français sur trois, pour mener toutes les réformes dont notre pays a besoin. On peut leur pardonner d’avoir trébuché devant leurs responsabilités une fois, s’égarant à imaginer que la mise en scène des querelles d’autrefois vaudrait mieux que l’audace du renouveau. Mais le peuple de France ne leur pardonnera pas de trébucher deux fois.

Léonidas KALOGEROPOULOS
Président de Médiation & Arguments
Vice-Président d’Ethic
Auteur de Liberté, égalité, fraternité et esprit d’entreprise